Enseignement 2636

histoire énigmatique : Les Yeux de la Nuit : Le Cabri de Kimpese

Le village de Kimpese, localité kino-congolaise du territoire de Songololo, située dans le district des Cataractes dans la province du Bas-Congo, s’endormait toujours sous une chape de plomb dès que le soleil plongeait derrière les grands arbres. À Kimpese, la nuit n’appartenait pas aux hommes. Elle appartenait aux ombres, et surtout, aux bêtes.

Mbala était un jeune homme courageux, mais profondément troublé par les récits des anciens. Son grand-père lui répétait souvent : « Mon fils, le cabri que tu croises au détour d’un sentier après minuit n’est pas toujours là pour brouter l’herbe. Parfois, son corps abrite l’esprit d’un homme maléfique qui guette ta chute. » Mbala pensait que ce n’étaient que des contes pour effrayer les enfants, jusqu’à cette fameuse nuit de saison sèche.

Ce soir-là, son ami Mavungu l’avait invité à partager un morceau de manioc et de poisson fumé à l’autre bout du village. Les discussions s’éternisèrent et l’heure avança vite. Lorsque Mbala reprit le chemin du retour, la lune était cachée par de lourds nuages sombres. Le silence était total, interrompu seulement par le bruissement sec des feuilles de palmier.

Soudain, au milieu du sentier sablonneux, Mbala s’arrêta net. Un cabri noir, d’une maigreur impressionnante, se tenait là, immobile. Ses yeux ne reflétaient pas la faible lueur de la nuit ; ils brillaient d’un éclat rouge, presque humain. L’animal ne fuyait pas. Il fixait Mbala avec une insistance glaçante.

Pris d’un frisson, Mbala se souvint des paroles de son oncle, qui avait survécu de justesse à la morsure d’un serpent noir mystique, un reptile capturé par les villageois et qui, à la surprise générale lors de son ouverture, n’avait aucun intestin. C’était une arme téléguidée à distance par les sorciers de la contrée.

Le cœur de Mbala se mit à battre la chamade. Il décida de contourner la bête par la droite. À sa grande surprise, le cabri fit trois pas de côté pour lui barrer à nouveau la route. Mbala tenta de reculer, mais un bruit de sifflement retentit juste derrière lui. En se retournant lentement, il aperçut une silhouette longiligne qui glissait sur le sol : un serpent noir venait de sortir des hautes herbes.

Bloqué entre le cabri au regard d’homme et le serpent, Mbala se rappela une vieille formule de protection que son grand-père lui avait apprise pour les moments de grand péril mystique. Il ferma les yeux, respira un grand coup, et prononça les paroles rituelles à voix basse.

Un grand coup de vent souffla subitement sur Kimpese, brisant le silence nocturne. Quand Mbala rouvrit les yeux, le serpent avait disparu. Le cabri, quant à lui, était tombé sur le flanc, inanimé.

Pris d’une panique incontrôlable, le jeune homme courut jusqu’à la maison et s’y enferma à double tour. Le lendemain matin, une nouvelle stupéfiante secoua tout le village : Malonga, un vieil homme solitaire que tout le monde soupçonnait en secret de pratiquer la magie noire, avait été retrouvé mort dans son lit, rigide, les yeux grands ouverts. Son ventre était inexplicablement creux, comme vidé de toute substance.

Mbala comprit alors l’effroyable vérité. Les forces invisibles rôdaient bien dans les ténèbres de Kimpese, manipulant les bêtes de la basse-cour pour accomplir leurs basses besognes. Mais une question brûlante restait suspendue dans son esprit, lourde et menaçante : si la formule de son grand-père l’avait sauvé cette fois-ci, qu’adviendrait-il si des entités plus puissantes décidaient de frapper sous une forme encore plus terrifiante ?

Pendant qu’il s’enfermait dans ses réflexions, l’air de la chambre se glaça subitement. Une odeur nauséabonde et lugubre envahit l’espace. Tout son corps fut saisi d’une violente chair de poule. Une présence invisible, mais écrasante, venait de se matérialiser juste derrière lui, dans l’angle mort de la pièce. Le silence devint si lourd qu’il entendait les battements paniqués de son propre cœur.

Un souvenir enfoui lui revint alors à l’esprit, comme une lueur d’espoir dans ce gouffre : l’existence d’un bouclier métaphysique absolu, une armure vibratoire inviolable que seul un redoutable et authentique maître mystique pouvait engendrer pour briser définitivement les sur-moi maléfiques.

Mais alors qu’une ombre immense commençait à se dessiner sur le mur de sa chambre, une ultime certitude le glaça le sang : aura-t-il seulement le temps de traverser la nuit pour se faire aider, ou le piège invisible vient-il de se refermer sur lui ?

La suite de cette ténébreuse aventure nous le dira…

Roch Armel BAKYONO
Économiste
Parapsychologue-expert
Directeur du cabinet CECRAB
SARL unipersonnelle créée en 2002
RC N° BF OUA 2002
Agrément d’expertise N° 279/2003
M2477- IFU N° 00003274N.

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